C’est en 2006, que Cécile Assayag, Marc Israël-Le Pelletier et Robert Voyer s’associent et fondent la compagnie Un mot au creux de la main. Issus de diverses formations, les membres de la troupe se consacrent à la création des textes de Marc Israël-Le Pelletier, ainsi que « ceux d’auteurs contemporains provenant de divers horizons ».
Cécile Assayag, metteure en scène attitrée de la compagnie, est titulaire d’une maîtrise en théâtre de l’Université du Québec à Montréal. Elle collabore depuis presque vingt ans avec Marc Israël-Le Pelletier, dont les textes dramatiques l’interpellent depuis leur rencontre. L’auteur a d’ailleurs plus d’une cinquantaine de textes à son actif; ses pièces, traduites en plusieurs langues, sont souvent montées en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique.
C’est à cet égard, que Cécile Assayag monte Dieu aime t-il l’art moderne? et Le globe, à Paris dans les années quatre-vingt dix. Après un séjour à New-York, où Assayag met en espace Vite et Le globe, l’inséparable duo décide de s’établir au Québec. La metteur en scène organise alors des lectures d’autres textes de l’auteur (L’homme Qui…, Làs-bas/Au delà et Civilisation) avant de présenter sa première mise en scène en sol Montréalais : La Villa/La Vie Là, présenté au Théâtre Mainline en 2007.
Rouge, présenté à la salle intime du théâtre Prospéro du 20 octobre au 2 novembre, s’inscrit tout à fait dans le mandat d’Un mot au creux de la main, puisqu’il s’agit encore une fois d’un texte de Marc Israël-Le Pelletier. Dans Rouge, l’auteur revisite un des plus célèbres contes de Charles Perreault : Le Petit Chaperon Rouge. On y aborde notamment les rapports malsains, même pervers, entre Rouge, interprétée par Ansia Wilscam Desjardins, et sa Mère-Grand, campée par Miguel Doucet.
« Au départ, avoue Mme Assayag, le texte ne m’a pas plu. Je trouvais qu’il ne s’agissait que d’une suite de questions-réponses. Je ne voyais pas ce qu’une mise en espace pouvait apporter de plus. C’est comme si le texte disait déjà tout. ». Elle explique que ce n’est que plus tard, après mûre réflexion, que le potentiel de Rouge lui est apparu. Elle a ainsi su voir la dimension sous-jacente du texte, la manière dont les mots expriment toujours « autre chose ». La nécessité de mettre en espace le texte de son auteur fétiche s’impose alors à elle, afin d’explorer toutes les facettes de la pièce, de lui conférer une troisième dimension. La compagnie accepte donc le défi : réaliser sa seconde création.
Mais qu’est ce que la lecture d’Assayag et d’Israël-Le Pelletier a de particulier? La metteure en scène précise que dans Rouge, les personnages ne sont pas vraiment ce qu’ils semblent être en réalité. En effet, ce n’est pas Mère-Grand qui se présente à nous, mais un acteur payé pour l’incarner depuis vingt ans ; c’est tout un jeu sur les identités, sur le rapport entre le vrai et le faux, qui se dessine sur la scène du Prospéro. Assayag nous explique alors le processus scénographique mis en place afin de soutenir ce dialogue constant entre fiction et réalité : « Au début de la création, on parlait de présenter un spectacle en ombres chinoises, justement pour ne pas dévoiler les corps de ceux qui ne jouent pas vraiment leur rôle. ». Néanmoins, le résultat final se tourne vers un procédé connexe : le contre-jour. Les effets d’éclairages, conçus par Stéphane Ménigot, visent justement à ne pas montrer entièrement le visage des personnages sur scène, pour renforcer la dimension de mensonge, de non-dits, dans le texte. C’est donc afin de conserver la présence d’acteurs sur scène mais de mettre en évidence les thèmes saillants de Rouge que Cécile Assayag choisit de miser sur la scénographie.
Dans un même ordre d’idée, la présence d’écrans et de petites projections sur scène vise à déplacer « la réalité dans le fantasme, voire le rêve, et laissent en suspens les véritables intentions [des] personnage[s] ».
Qu’est ce qui attend la compagnie Un mot au creux de la main, dans l’avenir? Cécile Assayag nous parle avec regret des réalités financières du théâtre émergent au Québec. Ce n’est donc sûrement pas avant deux ans que l’on pourra assister à une nouvelle création. Monteront-ils une pièce de Marc Israël Le-Pelletier, ou exploreront-ils le second volet de leur mandat : la présentation d’œuvres d’autres auteurs contemporains? C’est à suivre.
En attendant, il est toujours possible de se procurer les textes des créations de la compagnie en format papier, qu’ils éditent eux-mêmes. Le texte de Rouge est d’ailleurs disponible dans le hall du théâtre Prospéro, jusqu’au 2 novembre.