« A l’a pas des plus gros seins que moi »

(Non. C’est vrai. Tu gagnes Catherine.)

par Garance Philippe

 

« Pendant un bout de temps dans ma vie je pensais que je n’aimais pas les femmes.  Je pensais que j’étais misogyne. J’avais l’impression d’être une femme mésadaptée. À force d’avoir des amies de fille, j’ai réalisé que j’étais normale finalement, que c’est l’image qu’on renvoie de la femme constamment qui est biaisée. Fake là j’ai fait : Ah ben c’est ça j’vais faire! Je vais essayer de travailler dans l’imaginaire pour présenter une autre image que je pense qui est plus juste.»

- Catherine Léger

 

Projet de gang de filles, Princesses est né d’une demande pour le Jamais Lu de 2008, mis en lecture par Diane Pavlovic.  C’est suite à l’écriture de Voiture américaine, pièce qui récolta le Prix Gratien-Gélinas en 2006, que Catherine Léger eut la pulsion de départ pour Princesses:  « Là, j’ai vraiment envie d’écrire une pièce qui se passe en 2011, à Montréal ».  C’était important pour elle « d’habiter la langue, d’habiter l’époque, de [se] regarder, de regarder les autres ».  Œuvre rafraîchissante aux clins d’œil à l’aliénation de la performance, ainsi qu’à la pression à toujours tout maximiser, Princesses fait du théâtre un endroit de détente où le rire et le ludisme sont bienvenus.  Le Théâtre d’Aujourd’hui devient un lieu de divertissement.  « C’est rare qu’on entende ce mot-là au théâtre, mais pour moi c’est important de divertir le monde », dit d’ailleurs l’auteure.

 

Princesses se trouve à être la première pièce créée sous le sceau de la toute nouvelle compagnie Catfight, mise sur pied en 2010 par Dominique Lafond, Jean-Moïse Martin, Adèle Saint-Amand et, bien sûr, Catherine Léger.  « L’idée c’est de mettre en scène des personnages féminins, qui sont libérés, nettoyés de cette pression-là d’être la mère, la blonde. [C’est un] théâtre qui essaie de nommer, qui a la préoccupation d’aller vers des personnages féminins qui vont faire contrepoids à la culture féminine de masse très aliénante qui intoxique un peu, plus qu’on pense, la fiction », explique Catherine.

 

Théâtre de filles pour filles ? Oh non!  « J’ai envie de parler aux gars, j’ai envie que les gars trouvent ça drôle.  Je réalise que les gars ont envie de rire des filles aussi, mais on ne leur donne pas souvent l’occasion de faire ça ».  Ce n’est pas qu’un théâtre pour les femmes, mais bien un théâtre qui aborde le féminin.

 

Princesses s’inscrit directement dans l’esprit du théâtre Catfight.  Cette pièceportant à réflexion, tout en étant drôle et explosiveexplore entre autres les relations entre les générations, le besoin de s’évader dans ses fantasmes, et le choc des cultures. « C’est pas in your face : « voici, on réfléchit ».  C’est toujours l’équilibre entre les deux : on va rigoler, aller dans quelque chose d’un peu déjanté qui frôle la caricature par moments, ou la BD, ou le mime, et en même temps il y a un fond.  Qu’est-ce que ça dit?  J’essaie toujours de garder les deux en parallèle », précise Catherine.

 

La mise en scène ancre la voix des trois sœurs dans un univers où il est permis d’être cru, pas politically correct, ou pourrait-on dire tout simplement honnête ?

« Il n’y a pas un tabou officiel sur la libido féminine, mais il y a quand même un paradoxe sur la façon dont on sexualise l’image de la femme et, en même temps, comment on veut la garder chaste d’une certaine façon.  On ne veut pas des salopes.  Ce n’est pas bon des salopes…  Pour moi c’est un non-sens ».

 

Le rapport à la femme est beaucoup exploré avec le personnage de BM, ayant une vie stable, plate et sans piquant, tombant follement amoureuse d’un homme que l’on croit arabe qui est propriétaire d’un parking au centre-ville.  J’ai donc demandé à Catherine si la représentation de cette femme en métamorphose pouvait heurter la conscience collective quant aux visions que l’on peut avoir du Moyen-Orient.


« À date, les gens ont comme une inquiétude de la controverse, on dirait qu’on sent comment ça pourrait être controversé, mais en même temps je n’ai pas mis en scène une musulmane qui porte la burka, je travaille avec une Nord-Américaine occidentale qui a eu une éducation catholique et qui a une vision fantasmée du monde arabe. Les autres cultures, les autres religions ont un impact sur notre imaginaire, c’est de ça que je parle.  Mon pari c’est qu’en s’appuyant sur la sincérité et du personnage, et du jeu, et de la direction d’acteurs, on est dans un regard sur le choc des cultures. »

 

Catfight poursuit prochainement son mandat avec la réalisation de Voiture américaine.  Le projet est lancé, et le travail tout juste commencé.  Ne reste qu’à être à l’affût de la programmation 2012-2013 pour une autre expérience au féminin signée Catherine Léger.

 

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